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Urbanisme durable en collectivité : ce qui se joue à l'interface avec l'eau et la biodiversité

Un regard de terrain sur les leviers eau, biodiversité et énergie dans les documents d'urbanisme, vu depuis la consultation des personnes publiques associées (PPA), pas depuis l'intérieur d'un service urbanisme.

Floriane Dybul · Publié le · Passerelle Environnement · Lecture : 6 min

En tant qu'animatrice SAGE, je suis régulièrement consultée comme Personne Publique Associée (PPA) lorsqu'une commune ou une intercommunalité révise son PLU ou son SCOT. Ce que je partage ici, c'est ce regard-là : celui de quelqu'un qui suit ces dossiers depuis l'angle de l'eau et de la biodiversité, un point de vue précis sur un sujet qui, sur le fond, bouge vite : le cadre du ZAN a encore été modifié en avril 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Les enjeux d'eau, de biodiversité et d'énergie sont de plus en plus présents dans les PLU et SCOT, notamment via la consultation des personnes publiques associées (PPA).
  • Le ZAN vise le zéro artificialisation nette en 2050, avec un palier à -50 % de consommation d'espaces d'ici 2031. Le cadre continue d'évoluer : un nouvel assouplissement voté en avril 2026 est actuellement examiné par le Conseil constitutionnel.
  • Échéances à connaître : SCoT à mettre en conformité avant le 22 février 2027, PLU/PLUi avant le 22 février 2028.
  • En secteur rural, la question de fond est souvent différente de l'image qu'on s'en fait : comment développer un territoire qui perd des habitants, pas seulement limiter l'étalement.

Un métier vu depuis l'eau et la biodiversité, pas depuis l'intérieur

Quand une collectivité élabore ou révise son document d'urbanisme, plusieurs structures sont consultées au titre de leurs compétences : services de l'État, chambres consulaires, syndicats de gestion de l'eau via leur SAGE. Mon rôle dans ce processus est de défendre les enjeux liés à la ressource en eau et aux milieux aquatiques dans un document qui, à la base, parle surtout de construction et d'aménagement.

Ce que je vois de ces dossiers, ce sont donc surtout les points de friction et les leviers activables sur l'eau, la biodiversité et l'énergie, le regard d'une PPA sur le document, pas celui d'un poste de chargé·e d'études urbanisme.

Le ZAN : un cadre légal précis, mais toujours en mouvement

Le zéro artificialisation nette est inscrit dans la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 : l'objectif est d'atteindre zéro artificialisation nette des sols en 2050, avec un palier intermédiaire de réduction de 50 % de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers entre 2021 et 2031. La loi ZAN 2 du 20 juillet 2023 a ensuite ajouté des garanties pour les communes rurales (dont un minimum d'1 hectare d'artificialisation garanti sur la période). Les échéances de mise en conformité des documents d'urbanisme sont fixées : le 22 février 2027 pour les SCoT, le 22 février 2028 pour les PLU, PLUi et cartes communales.

Point de vigilance : ce cadre continue de bouger en 2026. Une loi de simplification votée mi-avril 2026 a introduit de nouveaux assouplissements (exemption de certains grands projets industriels, tolérance de dépassement local), et fait actuellement l'objet d'une saisine du Conseil constitutionnel. Une autre proposition de loi (dite TRACE) est en parallèle en cours d'examen pour assouplir davantage le dispositif. Autrement dit : les grands principes du ZAN restent stables, mais ses modalités concrètes évoluent presque chaque année (un point à vérifier à la date où vous lisez cet article plutôt qu'à prendre pour acquis).

Sur le fond, la question qui se pose n'est pas toujours celle qu'on imagine. Dans un territoire qui perd des habitants, la pression pour construire davantage n'est souvent pas le problème principal, c'est plutôt l'inverse : comment continuer à développer le territoire, à y attirer des habitants ou des activités, tout en respectant une trajectoire de sobriété foncière pensée à l'origine pour des territoires en croissance. C'est un vrai point de tension pour les élus de secteurs ruraux.

Un angle encore peu exploité : s'adapter à la chaleur, pas seulement au froid

Les formes urbaines et les choix de construction pensés pour le changement climatique restent, dans beaucoup de documents que je vois passer, très orientés vers les économies d'énergie l'hiver : isolation, réduction des besoins de chauffage. La lutte contre les canicules et les îlots de chaleur progresse, mais reste souvent perçue comme un sujet urbain.

Or les villages et bourgs ruraux y sont aussi exposés : surfaces minérales, manque d'ombrage, matériaux qui accumulent la chaleur. C'est un angle encore peu traité dans les documents d'urbanisme ruraux que je suis, et probablement un sujet qui va prendre de l'importance dans les prochaines années.

Quels leviers un PLU ou un SCOT peut activer sur l'eau, la biodiversité et l'énergie

Ce sont les sujets sur lesquels je suis le plus souvent amenée à intervenir dans ces documents :

  • L'implantation d'énergies renouvelables (solaire, parfois éolien), en tenant compte des enjeux de biodiversité et de paysage
  • La végétalisation et la désimperméabilisation des sols, pour limiter le ruissellement et atténuer les îlots de chaleur
  • La prise en compte de la trame verte et bleue et des zones humides dans le zonage
  • L'articulation entre le document d'urbanisme et les objectifs du SAGE sur la ressource en eau

Le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), organisme public de référence technique sur ces sujets, publie des fiches pratiques détaillées sur chacun de ces leviers, une ressource utile pour aller plus loin que ce résumé.

Quelle formation pour travailler sur ces sujets ?

Je n'ai pas suivi ce type de formation moi-même, mais plusieurs voies mènent classiquement aux métiers de l'urbanisme :

  • Masters en urbanisme et aménagement du territoire
  • Masters en géographie, avec spécialisation aménagement
  • Masters en droit public ou droit de l'urbanisme
  • Instituts d'urbanisme (IUP) ou écoles spécialisées en aménagement

Ce que je constate, en revanche, depuis mon poste d'observation : un profil purement naturaliste, sans aucune culture du droit de l'urbanisme et des procédures, a du mal à se repérer dans ces dossiers : la dimension juridique y est centrale, pas secondaire.

Ce qu'on observe quand on suit ces dossiers comme personne publique associée

Ce qui revient le plus souvent dans ces échanges : les objectifs de protection de la ressource en eau ou de la biodiversité doivent composer avec une réalité politique locale, en particulier dans les territoires qui craignent le déclin démographique. Faire entendre ces enjeux suppose de les traduire en langage utile aux élus, pas seulement de les rappeler comme une contrainte de plus.

L'autre constat, plus pratique : arriver tôt dans le processus d'élaboration d'un document d'urbanisme change tout. Une fois le zonage arrêté, les marges de manœuvre sur l'eau, la biodiversité ou l'adaptation climatique se réduisent considérablement.

Pour aller plus loin : un témoignage métier

L'Association des Techniciens de Bassins Versants Bretons (ATBVB) a produit une série de courts témoignages vidéo sur les métiers de l'eau, « All'eau, c'est quoi ton métier ? ». L'initiative est bretonne, mais le métier décrit se retrouve dans de nombreuses collectivités en France. Un épisode illustre bien le quotidien du technicien en écologie urbaine, à la croisée de l'eau, de la biodiversité et de l'aménagement :

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