Ressources · Métier · Climat

Chargé·e de mission climat : le métier de la transition énergétique en collectivité

L'un des métiers les plus récents du secteur public environnemental, et l'un de ceux qui recrutent le plus vite depuis quelques années.

Floriane Dybul · Publié le · Passerelle Environnement · Lecture : 5 min

Le métier de chargé·e de mission climat est l'un des plus récents du secteur public environnemental, et l'un des plus tendus côté recrutement. Selon l'I4CE (Institut de l'économie pour le climat), 25 000 recrutements seront nécessaires d'ici 2030 pour renforcer les capacités d'ingénierie climat des collectivités françaises. Voici ce que ce métier recouvre concrètement, le cadre légal qui le fait exister, et où il recrute vraiment.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PCAET est obligatoire depuis 2015-2018 pour ~750 EPCI de plus de 20 000 habitants (mais 10 ans après l'échéance légale, 30 à 40 % d'entre eux n'ont toujours pas de plan approuvé ou à jour). C'est une part importante du besoin de recrutement actuel.
  • Le poste est autant un métier de coordination et de pilotage de projet transversal qu'un métier technique sur l'énergie.
  • Les intercommunalités, les syndicats d'énergie et les Agences Locales de l'Énergie et du Climat (ALEC) figurent parmi les structures qui recrutent le plus.
  • Rémunération de début de carrière observée : environ 28-32 k€ brut annuel, jusqu'à 40 k€ avec l'expérience (à confirmer selon la grille et la catégorie du poste).

Ce que fait vraiment un·e chargé·e de mission climat

La fiche de poste met souvent en avant la "transition énergétique" ou la "lutte contre le changement climatique". Dans les faits, le métier est avant tout un métier de coordination.

Un·e chargé·e de mission climat peut être amené·e à :

  • Piloter ou co-piloter l'élaboration et le suivi du PCAET
  • Animer des groupes de travail transversaux : mobilité, bâtiment, énergie, agriculture
  • Suivre des indicateurs de trajectoire climatique et actualiser les diagnostics territoriaux
  • Monter des dossiers de subvention auprès de l'ADEME, de la Région ou du Fonds vert
  • Sensibiliser élus et agents aux enjeux climat-énergie
  • Coordonner des actions de rénovation énergétique du patrimoine public

Ce n'est donc pas d'abord un poste d'expert technique de l'énergie, même si des bases solides sur le sujet sont nécessaires. C'est avant tout un poste de pilotage transversal, qui demande de faire avancer des services qui n'ont pas l'habitude de travailler ensemble.

Un cadre légal vieux de 10 ans, encore loin d'être rempli

Le PCAET est encadré par l'article L.229-26 du code de l'environnement, issu de la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) du 17 août 2015. Il est obligatoire pour tout EPCI à fiscalité propre de plus de 20 000 habitants (environ 750 intercommunalités en France), avec une échéance initiale fixée au 31 décembre 2018 (2016 pour les EPCI de plus de 50 000 habitants), et un renouvellement tous les 6 ans.

Dix ans après le lancement du dispositif, la mise en conformité reste incomplète : selon le réseau des Conseillers en Énergie Partagée de l'ADEME, 30 à 40 % des EPCI concernés n'ont toujours pas de PCAET approuvé ou à jour en 2026. C'est une explication concrète du besoin de recrutement actuel, beaucoup de collectivités devant encore élaborer, réviser ou mettre en œuvre leur plan. À noter aussi : le budget dédié s'est resserré en 2026 (Fonds vert réduit de 400 M€, Fonds territorial climat divisé par deux), ce qui pèse sur les moyens accordés à ces postes selon les territoires.

Quelles structures recrutent des chargé·es de mission climat ?

  • Intercommunalités, le premier bassin de recrutement, du fait de l'obligation légale.
  • Syndicats départementaux d'énergie, structures techniques dédiées à l'accompagnement énergétique des communes.
  • Agences Locales de l'Énergie et du Climat (ALEC), structures créées par les collectivités (base légale : article L.211-5-1 du code de l'énergie), souvent en réseau régional.
  • Régions et départements, via leurs stratégies climat régionales (SRADDET) et leurs dispositifs d'aide.
  • Délégations régionales de l'ADEME, agence nationale, mais avec des antennes locales qui recrutent aussi.
  • Parcs naturels régionaux, sur les territoires ruraux engagés dans des démarches de transition énergétique.

AMORCE, le réseau national de référence pour les collectivités sur l'énergie, l'eau et les déchets (plus de 1 000 adhérents), publie régulièrement des offres correspondant à ce métier, une bonne façon de suivre le marché de l'emploi réel plutôt que les seules fiches de poste génériques.

Quelle formation pour devenir chargé·e de mission climat ?

Le métier étant récent, les parcours de formation restent variés :

  • Formations en génie climatique ou en économie de l'énergie
  • Masters énergie-environnement ou climat
  • Diplômes d'ingénieur généraliste avec spécialisation énergie-climat
  • Masters en gestion de projet territorial ou en sciences politiques
  • BTS Fluides Énergies Domotique (FED) ou BUT Génie thermique et énergie, pour les profils plus techniques ou pour accéder au métier par des postes juniors
  • Licences professionnelles énergies renouvelables ou maîtrise de l'énergie, régulièrement citées dans les offres pour des postes d'assistant·e ou de chargé·e de mission junior

Un profil très pointu techniquement mais incapable de piloter un projet transversal aura souvent plus de mal qu'un profil généraliste doté d'une vraie capacité de coordination.

Ce que les offres d'emploi du secteur demandent vraiment

Au-delà des compétences techniques listées plus haut, les fiches de poste réelles sur ce métier reviennent systématiquement sur les mêmes points :

  • La capacité à faire travailler ensemble des services qui n'en ont pas l'habitude (bâtiment, mobilité, urbanisme, agriculture)
  • La connaissance des dispositifs de financement (ADEME, Région, Fonds vert)
  • L'aptitude au travail d'équipe, partenarial et de réseau (l'animation de réunions revient dans presque toutes les fiches de poste consultées)
  • Une expérience réussie de conduite de projet, plus recherchée qu'une pure expertise technique énergie

Le point qui ressort le plus nettement en comparant plusieurs offres : ce n'est pas d'abord un poste de calcul (bilan carbone, indicateurs), mais un poste de conviction, faire adopter des décisions cohérentes avec ces indicateurs par des élus et des services qui n'ont pas toujours cette culture. La technique est un prérequis, pas le cœur du métier.

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